Plan hôpital : 18 organisations appellent à ne pas oublier la psychiatrie publique

PARIS, 18 novembre 2019
APMnews

Dix-huit organisations appellent, dans un communiqué commun, à ne pas oublier la psychiatrie publique, à la veille de la présentation par le gouvernement, d’un plan d’urgence pour l’hôpital.

La journée de mobilisation des personnels hospitaliers organisée jeudi 14 novembre a été très suivie (cf dépêche du 12/11/2019 à 16:37 et dépêche du 14/11/2019 à 19:19) et à l’issue, le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé qu’un plan visant à renforcer l’attractivité et les investissements des hôpitaux sera présenté mercredi par le premier ministre, Edouard Philippe (cf dépêche du 14/11/2019 à 17:43).

« A la suite de la journée de mobilisation du 14 novembre qui a été particulièrement suivie notamment dans les services de psychiatrie, les signataires veulent dire toute la nécessité de tenir compte des fortes attentes des communautés médicales et soignantes de leurs établissements pour enrayer la logique de constante dégradation de la qualité des soins auprès des patients et de leurs proches », écrit un collectif composé des responsables de 18 organisations.

Les signataires en sont : Sadek Beloucif, président du Syndicat national des médecins, chirurgiens spécialistes et biologistes des hôpitaux publics (Snam-HP), Marc Betremieux, président du Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH), Rachel Bocher, présidente de l’Intersyndicale des praticiens hospitaliers de France (INPH), Stéphane Bourcet, président de l’Intersyndicale de la défense de la psychiatrie publique (Idepp), Michel David, président de l’Association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire (ASPMP) et président de la Fédération française de psychiatrie (FFP), Claude Finkelstein, présidente de la Fédération nationale des associations d’usagers en psychiatrie (Fnapsy), Thierry Godeau, président de la Conférence nationale des présidents des commissions médicales d’établissement (CME) de centres hospitaliers (CH), Pascal Mariotti, président de l’Association des établissements du service public de santé mentale (Adesm), Marie Rose Moro, présidente du Collège national des universitaires de psychiatrie (Cnup), Gladys Mondière et Benoit Schneider, coprésidents de la Fédération française des psychologues et de psychologie (FFPP), Christian Müller, président de la Conférence nationale des présidents de CME de centres hospitaliers spécialisés (CHS), Renaud Péquignot, président d’Avenir hospitalier, Annick Perrin-Niquet, présidente du Comité d’études des formations infirmières et des pratiques en psychiatrie (Cefi-Psy), Marie-Jeanne Richard, présidente de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapés psychiques (Unafam), Norbert Skurnik, président de la Coordination médicale hospitalière (CMH), Jacques Trévidic, président de la Confédération des praticiens hospitaliers (CPH) et Michel Triantafyllou, président du Syndicat des psychiatres d’exercice public (Spep).

« Les déclarations du premier ministre pour l’ensemble du système de santé ne devront pas faire l’impasse sur les graves difficultés de la psychiatrie », préviennent-ils.

Ils rappellent qu’ils ont déjà appelé à une « urgence républicaine » en septembre 2018 (cf dépêche du 13/09/2018 à 11:45), qu’ils ont proposé « 10 mesures urgentes » en novembre 2018 (cf dépêche du 12/11/2018 à 17:01) et demandé à rencontrer le président de la République en mars (cf dépêche du 19/03/2019 à 11:56), demande « restée encore à ce jour sans aucune réponse », regrettent-ils.

« Un nouveau rendez-vous manqué avec les professionnels de la psychiatrie publique et les représentants des patients et de leurs proches serait un signal extrêmement grave et très lourd de conséquences dans le climat actuel », avertissent-ils.

APMnews

Crise de l’hôpital public et de la psychiatrie : une urgence républicaine !

C’est l’ensemble de la Psychiatrie Publique qui est malade et non pas les seules urgences. La Psychiatrie est malade d’un sous financement chronique, d’une suppression constante et non compensée du nombre de lits, d’une fermeture progressive des structures ambulatoires, du poids des tâches administratives, d’une dérive sécuritaire des Soins Sans Consentement et d’un rapport parlementaire accablant et affligeant.

La baisse continue de l’attractivité de la Psychiatrie Publique conjuguée à la crise démographique médicale sans précédent rendent de plus en plus difficile l’organisation de la continuité et de la permanence des soins auxquelles participent toutes nos équipes.

Jamais la Psychiatrie Publique n’a été aussi méprisée et maltraitée. Jamais le dialogue social n’a été aussi inexistant !!

L’IDEPP et le SPEP, syndicats majoritaires, représentatifs de l’ensemble de la profession, expriment avec force que les solutions doivent intégrer l’ensemble des équipes de la Psychiatrie Publique à savoir :

  • Revaloriser de manière significative les Dotations Annuelles de Fonctionnement de la Psychiatrie Publique.
  • Améliorer et moderniser de manière urgente l’outil de travail par des investissements à la hauteur des missions de la Psychiatrie Publique ;
  • Améliorer les rémunérations des Praticiens Hospitaliers afin de combler de manière équitable pour tous le différentiel avec le privé ;
  • Mieux prendre en compte sous forme de prime les suppléments de charge de travail liés à la désertification médicale ;
  • Valoriser l’entrée des jeunes collègues dans la carrière hospitalière ;
  • Renforcer la place des Psychiatres des hôpitaux dans la gouvernance de l’hôpital ;
  • Maintenir le concours national de Praticien Hospitalier, seul garant de l’équité et l’indépendance d’un exercice médical de qualité ;
  • Revaloriser les carrières des soignants.

L’IDEPP et le SPEP demandent donc que soit élaboré et mis en œuvre sans délai un véritable plan de sauvetage de la Psychiatrie Publique, car c’est la qualité de tout le service hospitalier, offrant de manière coordonnée, 24 h sur 24, toutes les compétences médicales indispensables, qui est le support de la confiance des français.

Par voie de conséquence, nous appelons tous les collègues aux deux journées d’action et de mobilisation en faveur de la Psychiatrie Publique les 14 et 15 Novembre 2019.

L’IDEPP et le SPEP appellent l’ensemble des collègues à nous suivre dans les actions suivantes en fonction des situations locales.

Pour le 14/11/2019 :

  • Actions de grève là où la situation le permet, selon les modalités à déterminer localement.
  • Participation à toute action unitaire qui se déroulerait dans les hôpitaux ou en ville, sous nos couleurs syndicales ou en privilégiant l’unité de tous.
  • Participation aux diverses assemblées générales ou rassemblements locaux.

Pour le 15/11/2019 :

Organisation dans le cadre local ou régional à des réunions organisées pour analyser la situation et réfléchir aux actes à venir.

Docteur Norbert SKURNIK et Docteur Stéphane BOURCET
Intersyndicale de Défense de la Psychiatrie Publique

Docteur Michel TRIANTAFYLLOU et Docteur Jean FERRANDI
Syndicat des Psychiatres d’Exercice Public

Les députés précisent en commission les futures dotations financières en psychiatrie

Publié le 16/10/19
En commission des affaires sociales, les députés ont validé plusieurs précisions sur les futures dotations en psychiatrie, notamment celle dite « populationnelle », tout en rejetant le report de la réforme du financement à 2022.
Dans le cadre de l’examen en commission des affaires sociales du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), les députés ont validé des précisions au nouveau dispositif de financement de la psychiatrie, détaillé dans l’article 25 du texte (lire notre article). La totalité de la quinzaine d’amendements adoptés sur cet article a été portée par la députée Martine Wonner (LREM, Bas-Rhin), co-auteur d’un récent rapport sur l’organisation territoriale en santé mentale, qui met fortement l’accent sur le développement de l’ambulatoire (lire notre article). Conformément aux objectifs visés par les conclusions de ce rapport, plusieurs des modifications proposées par l’élue et un groupe de députés LREM ont visé à élargir le périmètre de l’objectif de dépenses et/ou les dotations créées par le PLFSS pour la psychiatrie, pour dépasser les références aux seules prises en charge hospitalières.

Prise en compte de l’extrahospitalier

Ainsi, un premier amendement validé en commission prévoit que l’objectif de dépenses d’assurance maladie pour la psychiatrie est constitué du montant annuel des charges supportées par les régimes obligatoires d’assurance maladie, non seulement pour les frais d’hospitalisation, mais aussi pour les « prises en charge » au titre des soins dispensés au cours de l’année. Il s’agit ainsi d’inclure à la fois la prise en charge intra et extrahospitalière, a souligné la députée.

Dans le même esprit, un amendement précise que l’analyse de l’offre, hospitalière et extrahospitalière, doit être prise en compte pour déterminer le montant de la dotation populationnelle, qui est le principal compartiment du futur modèle de financement (lire notre article), et un autre amendement que l’extrahospitalier est bien intégré dans les dotations complémentaires. D’autre part, une autre modification demandée par la députée et plusieurs de ses homologues LREM vise à s’assurer que l’offre médico-sociale sur un territoire soit bien prise en compte dans les critères utilisés pour la répartition interrégionale de la dotation populationnelle.

Participation aux missions spécifiques valorisée

Dans l’alinéa détaillant les modalités d’attribution de la dotation résultant de la dotation populationnelle régionale, l’un des critères repose sur la contribution de l’établissement aux besoins de santé de territoire. Unamendement adopté en commission précise à cet endroit que les besoins de santé auxquels les établissements contribuent sont « ceux qu’ils ont définis dans le projet territorial de santé mentale » (PTSM). Par ailleurs, le processus d’établissement de la dotation résultant de la dotation populationnelle doit tenir compte non seulement de l’avis des organisations nationales représentatives des établissements de santé, comme le prévoit le PLFSS, mais aussi celui des associations d’usagers et les représentants des familles, selon un autreamendement.

Au volet de la dotation liée aux missions spécifiques en psychiatrie, un autre permet que les établissements ne soient pas seulement financés sur les missions qu’ils assurent en totalité, mais aussi sur celles auxquelles ils participent. Un amendement validé permet ainsi que la dotation puisse « également être attribuée lorsque l’établissement assure, en lien avec d’autres une activité spécifique partagée, comme peut l’être la gérontopsychiatrie par exemple », a expliqué Martine Wonner. Il s’agit ici « d’encourager les synergies territoriales qui poussent des acteurs à s’engager dans une dynamique commune au service de la prise en charge en santé mentale », a-t-elle souligné.

Tentatives de report de la réforme

Des députés centristes ont essayé à plusieurs reprises de reporter d’un an la réforme mais les amendements ont été repoussés, au motif notamment, selon le rapporteur général Olivier Véran (LREM, Isère) que cette « réforme est très attendue » par les acteurs de la psychiatrie. Un premier amendement visait ainsi à « appliquer un calendrier plus réaliste », en permettant le maintien des anciennes modalités de financement des activités de psychiatrie du secteur privé « durant une période transitoire, soit jusqu’au 1er janvier 2022 ». Un second visait à reporter la réforme à 2022 pour tous les établissements, publics et privés. La commission a également repoussé deux demandes de rapport des députés La France insoumise (LFI) sur le financement de la psychiatrie d’une part, ainsi que sur le « rattrapage de la plus faible évolution du sous-objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) psychiatrie par rapport à l’Ondam ». Plus étonnamment, une autre demande de rapport des élus LFI au Gouvernement sur « le coût du remboursement intégral ou partiel des psychothérapies effectuées par des psychologues », en vue d’un meilleur accès aux psychothérapies, a été écartée par le rapporteur général. Alors qu’Olivier Véran a lui-même convenu que « la place des psychologues cliniciens dans le dispositif de prise en charge en santé mentale doit être repensée ». Car il y a notamment un problème d’accès aux consultations, a-t-il développé, lié à la condition d’une prescription médicale et des remboursements actuellement possibles uniquement dans le cadre d’expérimentations (lire notre interview et notre article). Et pourtant, a-t-il souligné, il n’y a pas « un centre médico-psychologique (CMP) dans le secteur public aujourd’hui qui pourrait tourner sans psychologue ».

Caroline Cordier

Psychiatrie: contre toute attente, le Conseil d’Etat n’annule que très partiellement le décret Hopsyweb

PARIS, 7 octobre 2019 (APMnews) – Le Conseil d’Etat n’a annulé, contre toute attente par rapport aux préconisations du rapporteur public, que deux dispositions du décret instituant Hopsyweb, le traitement de données à caractère personnel pour le suivi des personnes en soins psychiatriques sans consentement, selon sa décision communiquée à APMnews lundi.

Le décret créant Hopsyweb est paru au Journal officiel en mai 2018 (cf dépêche du 24/05/2018 à 12:09). Il autorise les agences régionales de santé (ARS) à mettre en oeuvre ce traitement de données.

Dès sa parution, le décret a provoqué l’ire des usagers et des professionnels de santé (cf dépêche du 05/06/2018 à 18:49, dépêche du 20/07/2018 à 16:04). Le Cercle de réflexion et de proposition d’actions sur la psychiatrie (CRPA) est l’une des premières organisations à avoir saisi le Conseil d’Etat en demande d’annulation de ce texte, suivi du Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH) et du Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom).

Mi-septembre, le Conseil d’Etat a examiné ces trois recours (cf dépêche du 16/09/2019 à 19:04) et le rapporteur public du Conseil d’Etat avait préconisé d’annuler trois articles:

l’article 4 qui énumère les destinataires des données d’Hopsyweb, parmi lesquels les représentants de l’Etat dans le département, le juge des libertés et de la détention (JLD), le procureur de la République du tribunal de grande instance (TGI), le directeur de l’établissement d’accueil ou l’agent placé sous son autorité, l’avocat de la personne ou encore les membres de la commission départementale des soins psychiatriques (CDSP), les fonctionnaires du greffe du tribunal de grande instance chargés des procédures de soins sans consentement, le maire, ou à Paris le commissaire de police, auteur d’un arrêté prenant les mesures provisoires en vue d’une admission en soins psychiatriques

l’article 5 qui permet au ministère en charge de la santé de désigner des personnels habilités à accéder aux données à des fins statistiques

l’article 6 qui prévoit que les données et informations « sont conservées pendant trois ans à compter de la fin de l’année civile suivant la levée de la mesure de soins sans consentement ».

Or, dans sa décision transmise lundi, le Conseil d’Etat n’annule finalement que deux alinéas de l’article 1er du décret, qui liste ce que permet Hopsyweb pour permettre « le suivi des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques sans consentement », ainsi qu’il est indiqué dans le décret.

La juridiction annule la « consultation nationale des données collectées dans chaque département » par « les services centraux du ministre chargé de la santé » à des « fins de statistiques », ainsi que la possibilité pour les commissions départementales des soins psychiatriques (CDSP) d’une « exploitation statistique des données collectées au niveau départemental […] en vue de l’élaboration du rapport d’activité ».

Le Conseil d’Etat estime que « le décret attaqué ne pouvait légalement pas permettre la consultation nationale des données collectées dans chaque département par les services centraux du ministère chargé de la santé aux fins de statistiques, ni l’exploitation statistique des données collectées au niveau départemental pour la confection du rapport d’activité annuelle des [CDSP] sans prévoir la pseudonymisation des données utilisées ».

Une durée de conservation des données « pas excessive »

Pour le reste, la juridiction juge que les traitements de données d’Hopsyweb « ont d’abord pour finalité de permettre aux [ARS] d’assurer le suivi administratif » des personnes en soins sans consentement « et ensuite pour autres finalités de répondre aux demandes d’informations des préfets […] dans le cadre de l’instruction des demandes d’autorisation d’acquisition et de détention d’armes, d’établir au niveau national des statistiques permettant de conduire une politique publique pertinente en matière de soins psychiatriques sans consentement et d’exploiter statistiquement des données ».

Dans ce cadre, elle pense que, comme les destinataires listés dans l’article 4 n’ont accès qu’aux seules données et informations, dixit le décret, « nécessaires à l’exercice de leurs attributions » et que « l’accès à ces données est limité à la durée de conservation dans le traitement », les dispositions du texte attaqué « n’ont ni pour objet ni pour effet d’opposer aux personnes faisant l’objet de soins psychiatriques leurs antécédents psychiatriques » et ne sont pas en contradiction avec l’article du code de la santé publique qui dispose que les patients en soins sans consentement conservent, à l’issue de leurs soins, la totalité de leurs droits.

De plus, poursuit le Conseil d’Etat, le décret n’a « ni pour objet ni pour effet » de permettre aux destinataires des données d’accéder à des informations relatives à la santé des personnes dérogeant au secret médical et ne porte donc pas atteinte au statut des praticiens hospitaliers.

Contrecarrant d’autres arguments des requérants, il explique ensuite que créer un traitement de données à caractère personnel n’implique pas obligatoirement de mentionner les modalités d’information des personnes concernées, ni les modalités d’effacement ou de rectification des données (dans le cas d’une mainlevée de la mesure, par exemple).

Concernant la durée de conservation des informations, le Conseil d’Etat reprend les arguments du ministère de la santé, à savoir que selon une étude de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) de 2016, les personnes sont stabilisées au bout de trois ans. En fixant la durée de conservation précisément à trois ans, « le décret attaqué n’a pas fixé une durée excessive » à la fois pour le suivi administratif et pour l’information du préfet quant à la détention d’armes, écrit-il.

Cette décision du Conseil d’Etat « est parfaitement décevante », déplore le CRPA dans un communiqué diffusé lundi.

Rappelant les recours toujours en cours (cf dépêche du 14/05/2019 à 17:29 et dépêche du 17/05/2019 à 17:15) sur le décret paru le 7 mai au Journal officiel permettant de croiser certaines informations entre Hopsyweb et le Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) (cf dépêche du 07/05/2019 à 12:20), le président du CRPA, André Bitton, dit espérer « qu’il sera censuré plus avant ».

La décision du Conseil d’Etat – décret Hopsyweb
vl/ab/APMnews

POLSAN – ETABLISSEMENTS

Procédure de choix 2019 : catastrophe pour la psy, la MG relève la tête

Whath’s Up Doctor – 26/09/2019

C’est fait : la procédure de choix des internes s’est close le 24 septembre dernier. La psy enregistre une contre-performance, tout comme la santé publique, tandis que la médecine générale fait le plein…

Le calvaire et l’angoisse des ECNi sont derrière les quelque 8308 étudiants qui ont finalisé leur procédure de choix 2019 ce 24 septembre« 8308 étudiants, dont 271 étudiants européens, ont été affectés dans les 44 spécialités médicales ouvertes et les 28 centres hospitaliers universitaires (CHU). Les 209 étudiants ayant souscrit un contrat d’engagement de service public (CESP) ont également été affectés », détaille le centre national de gestion. Comme nous l’avions annoncé, le major de promotion a choisi la médecine cardio-vasculaire. Par ailleurs, établit le CNG, « les spécialités les plus demandées cette année sont la chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique disponible jusqu’au rang 1807, la dermatologie et vénéréologie disponible jusqu’au rang 2277, la chirurgie maxillo-faciale disponible jusqu’au rang 2426 ».  

Contre-performance

Le CNG ajoute que la psychiatrie a été choisie au 134e rang. Mais ce que ne dit pas le CNG, c’est que plus de 17% des postes de psychiatrie n’ont pas été pourvus. Un record quasi historique. Une contre-performance devancée par la santé publique, dont 35% des postes n’ont pas été pourvus…

En 2018, en psy, seuls 4% des postes n’avaient pas été pourvus, en 2017 on tombait à 1,38%, et en 2017 à 1,58%… Cette année, la psy participe à hauteur de 50% de la totalité des postes non pourvus. Contacté par Wud, Audrey Fontaine, présidente de l’association française des étudiants en psychiatrie (Afepp), se dit très inquiète : « Nous souffrons de la mauvaise image de la psy, les étudiants ont dû se dire : pourquoi choisir une spécialité qui va exploser ? », résume-t-elle. Pour éviter que le crash ne se reproduise l’année suivante, l’Afepp va poursuivre la campagne de com’ qu’elle avait entamée pour sensibiliser les étudiants aux vertus de sa spécialité, #jechoisislapsy : « Nous allons continuer notre campagne #jechoisislapsy. Tout en poursuivant un travail avec l’anemf, mais nous souhaitons que tout le monde s’y mette, pas seulement l’Anemf et l’Affep, mais aussi les praticiens hospitaliers, les PuPH… »  Si la psychiatrie s’est plantée, la médecine générale a pourvu tous ses postes. Une première ! De la même manière que les étudiants en psy, des étudiants en médecine générale avaient fait la promo de leur spé sur les réseaux sociaux. Avec un peu plus de succès, semble-t-il, que les psys…

Un rapport sur l’organisation de la santé mentale qui semble se complaire dans le catastrophisme ou quand on veut noyer son chien

Paris le 2 octobre 2019

Communiqué :

Un rapport d’information parlementaire a été déposé par la commission des affaires sociales le 18 septembre 2019 en conclusion des travaux de la mission relative à l’organisation de la santé mentale composée de M. Brahim Hammouche, Président et Mesdames Fiat et Wonner, Rapporteures.

Ce rapport, curieusement dit « rapport Wonner », se présente sous une forme très singulière : un avant-propos du Président de la mission, sur trente pages puis une synthèse suivie d’une centaine de pages des deux rapporteures manifestant leurs désaccords sur bon nombre de sujets pourtant majeurs tels que la place des établissements psychiatriques au sein des GHT, le rôle des centres experts, le développement des référentiels de bonnes pratiques, le moratoire sur les capacités hospitalières, la place des fonds privés et le développement de la psychiatrie lucrative comme si les trois députés avaient sur le sujet trois avis différents.

Rarement un rapport confondant à chaque page les termes de psychiatrie et de santé mentale ne s’était montré si outrancièrement catastrophiste, reprenant à son compte des difficultés connues et des carences maintes fois dénoncées par les professionnels eux-mêmes, sans qu’il ne soit jamais fait mention des démarches constructives actuelles qu’ils réalisent pour y remédier .

Qu’en retenir ? L’organisation du dispositif de prévention et de soins est qualifiée d’intangible depuis les années 60, inefficace et inefficiente. Il en résulterait une prise en charge « catastrophique », la sectorisation serait « un échec »… Le virage ambulatoire est estimé insuffisant alors que plusieurs rapports précédents ont affirmé le contraire ! Aujourd’hui, selon les données de l’ATIH la psychiatrie générale est ambulatoire à 80% et la psychiatrie infanto- juvénile à 90%.

Rien sur le fait que la psychiatrie fut la première discipline à se territorialiser comme s’y engagent aujourd’hui l’ensemble des établissements publics de santé. Aucun rappel historique sur le fait que les Centres Médico-Psychologiques, les Conseils Locaux de Santé et les Projets Territoriaux de Santé Mentale (PTSM) sont issus de la volonté forte des usagers et des professionnels, notamment de la psychiatrie publique. Le rapport se montre particulièrement contradictoire quant à la plus-value qu’apporteraient les PTSM. La proposition qu’il formule de s’en remettre aux Agences Régionales de Santé pour leur pilotage va totalement à contre-sens des attentes des territoires.

Rien sur les efforts faits à partir des dix mesures urgentes du 8 novembre 2018 notamment sur la recherche et la mise en place de la coordination des dispositifs régionaux.

Rien sur le partenariat de près de cinquante ans dans un dialogue constant avec les représentants des patients.

Aucune mention des travaux du Comité national de pilotage de la psychiatrie en décembre 2018 préconisant 3 échelons territoriaux ni de la coordination nationale des dispositifs régionaux de recherche clinique en psychiatrie et santé mentale.

Cette posture de pompier pyromane ne serait qu’anecdotique si elle ne se faisait dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions dans les services d’urgences ainsi que dans nos établissements en proie à la chute démographique médicale annoncée.

Notre Conférence n’avait pas attendu ce rapport pour dire le 12 septembre 2018 aux côtés de près de quinze représentations institutionnelles, la psychiatrie en état d’urgence républicaine. Elle avait souligné le besoin que soient confortes les travaux du Copil de psychiatrie installé par la Ministre en 2017, plutôt que celui d’un énième rapport. Le 8 novembre 2018, la conférence portait dix mesures urgentes à mettre en œuvre, dont certaines sont en cours de réalisation et pour lesquelles le travail est engagé.

Comment peut-on faire preuve de si peu de bienveillance à l’égard de l’ensemble des acteurs et de si peu de considération pour leur action au quotidien sur le terrain ? Comment les étudiants, futurs médecins infirmiers etc… pourraient-ils s’engager dans une description si dramatisée de leur futur métier, alors que des postes d’internes en psychiatrie restent vacants comme vient de le montrer le résultat du dernier choix de spécialité 2019. Tout cela pour aboutir à un ensemble de neuf propositions sans réel contenu opérationnel ou d’une confondante évidence.

Une telle caricature de la situation de la psychiatrie dans notre pays n’est pas à l’honneur des auteurs de ce rapport qui ne peut que contribuer à ruiner les efforts faits en faveur de l’attractivité de la discipline et de renforcer la stigmatisation des patients et des professionnels. Tout se passe comme si ce rapport tombait à point nommé pour en finir avec la psychiatrie publique, et dissoudre son organisation dans un dispositif de santé mentale essentiellement ambulatoire, limitant l’hospitalisation aux soins sans consentement, multipliant des équipes toujours plus mobiles, réduisant des psychiatres à des collaborateurs de centres experts délivrant des programmes standardisés de réhabilitation, des infirmiers de pratiques avancées et des psychologues isolés, et ouvrant la voie à la mise en place d’un dispositif de défense sociale aux antipodes de la conception du soin psychique en France et abondamment critiqué en Europe.

Pouvait-on nier plus injustement la réalité de la maladie mentale et la mission de la psychiatrie publique ?